INTERVIEW : GRANVILLE SE DÉVOILE

Granville est un groupe de copains qui courent sur la plage en chantant à tue tête et en tapant sur des tambours. Ces Normands sont nés d’un choc entre la pop française des 60’s et du rock californien des 00’s. Leur premier album, Les Voiles, sort aujourd’hui. Un opus organique, enthousiasmant et fédérateur. J’ai rencontré l’adorable Mélissa et le passionné Sofiane pour discuter de leurs influences, de la création de l’album et de la nostalgie des périodes excitantes qu’ils n’ont pas connu... Hâte de les voir en concert le 26 février à la Maroquinerie.

Bonjour Granville. Pour vous présenter, je vous propose de me dire qui sont vos parents musicaux ?

Sofiane : "Notre maman c’est Françoise Hardy période 60’s/70’s."
Mélissa : "Le monsieur de Blood Orange ? Sinon je pense au duo Françoise Hardy et Blur..."
Sofiane : "Christopher Owen l’ex leader de Girls comme papa ! J’imagine bien la rencontre entre Christopher Owens et Françoise Hardy."
Mélissa : "Ca me va ! Surtout que j’ai acheté le vinyl de Christopher Owens la semaine dernière."

Les groupes en début de carrière font beaucoup de reprises pour se faire connaître, surtout en live. Ce n’est pas vraiment votre cas...

Sofiane : "On nous a demandé de faire une reprise de Françoise Hardy justement il y a quelques temps. Personnellement, j’ai une allergie aux reprises. Je ne trouve pas ça contreproductif de ne pas en faire, ça nous permet de développer notre propre répertoire et notre propre univers. Nous avons tous commencé la musique avec Granville. Je n’ai jamais fait de guitare avant le projet. J’ai commencé tout de suite par la composition sans apprendre ou m’inspirer d’accords d’autres chansons. Mélissa a commencé avec la chorale et en écrivant ses propres titres. Sinon, tu sais, on a plein de musique dans notre tiroirs..."

Justement, une de vos perles, "La Ville Sauvage" ne figure pas dans votre album "Les Voiles"...

Sofiane : "Parce qu’on tient beaucoup à ce format vinyle deux titres Face A/Face B pour un jour pouvoir sortir un rarities Granville (rires). Nous sommes fiers de La Ville Sauvage qui figure avec Jersey. Cela a un sens pour nous et bien sûr qu’on le jouera en live..."

Vous avez travaillé avec qui pour cet album ?

Mélissa : "Notre pote Nicolas Brusq qui a co-réalisé avec Valentin Montu."

Donc il y a pas eu de grands noms style Zdar, Phoenix ou Daft Punk comme producteurs ?

Sofiane : "(rires) Nous avons enregistré toutes nos chansons dans notre salon. Nous ne sommes pas contre les grosses machines musicales mais Les Voiles est notre bébé que nous avons conçu et enregistré nous même, qu’on veut protéger."

Vous n’étiez pas tentés d’avoir des sons électroniques, des synthés... ?

Sofiane : "Encore une allergie... On écoute de l’electro pop, de la pop à synthés mais ce qui nous touche vraiment c’est le côté organique de la musique, c’est de jouer live. Il y a quelques légers claviers sur l’album dans le fond. Nous aimons les sons instantanés, directs et du coup, même si nous utilisons des pédales à effet, nous essayons au plus possible d’avoir des ambiances de room, de pièce en utilisant des reverb naturels. C’est pour ça que nous avons travaillé avec notre ami Nicolas Brusq parce que lui aussi vient de cet univers là, avec des influences US. Nos références modernes sont Girls, Tennis, Best Coast et moins Kavinsky, Justice... "

Vous êtes un peu des bébés Arcade Fire français avec votre côté innocent et votre musique fédératrice. Leur album "The Suburbs" évoque l’ennui loin de la capitale qui est sublimé en musique. Vous vous reconnaissez dans cette formulation ?

Sofiane : "Totalement. C’est pour ça qu’on reste sur Caen. L’album The Suburbs, et même Neon Bible, ont bercé notre adolescence ; nous les avons beaucoup écoutés. Notre philosophie est d’utiliser nos problèmes comme des forces. L’ennui, le côté un peu esseulé de la campagne normande nous permet de réfléchir, de penser à autre chose. Et aussi de garder les pieds sur terre."

Comment puisez-vous la naïveté dans votre musique dans une génération hyper speed, bombardée d’informations ?

Sofiane : "Nous sommes geeks hein. Mais nous avons aussi ce regard vers l’arrière, cette introspection. Nous avons ce fantasme des années 60. Cette espèce de folie créatrice où plein de choses restaient à faire. On se dit qu’on peut encore créer des choses aujourd’hui et s’amuser de ça avec un regard un peu naïf. Ce qui nous fait plaisir c’est que beaucoup de personnes associent notre musique à des références qu’on a pas du tout. Des films de Nouvelle Vague qu’on connaît pas. A des groupes comme Elie et Jacno qu’on a jamais écoutés."

Êtes vous nostalgiques de cette période que vous n’avez jamais vécue ?

Mélissa : "Totalement. Nous sommes frustrés de ne pas avoir découvert en même temps que le public ces artistes."

Quels sont vos Guilty Pleasure ?

Mélissa : "J’assume totalement Dalida."
Sofiane : "Copa Cabana !"

Granville, Les Voiles (2013), EastWest
En concert à Paris le 26 février 2013 (La Maroquinerie)
Propos recueillis par Monsieur Tambour



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