David Bowie : Un prophète qui venait d’ailleurs

« Ground control to Major Tom Your circuit’s dead there’s something wrong can you hear me Major Tom ? »

En une fraction de seconde nous venons tous de prendre un coup de vieux violent, terrifiant, David Bowie vient de passer de l’autre côté.

David Bowie

Ce matin Bowie devient Saint David. Il y a quelques jours, il a livré au monde une partie de son âme, avec l’album Blackstar, avant de le quitter aujourd’hui, en emportant avec lui tous ses personnages. Bowie acteur, Bowie peintre, Bowie chanteur, Bowie producteur, Bowie prophète. Un halo lumineux autour duquel gravite l’instinct, l’esthétique, l’inspiration pure, immatérielle qui prend forme, à chaque fois, d’une manière inattendue. Il était constamment à la recherche d’idées nouvelles, toujours à l’avant-garde. En ce jour où la musique est veuve, où l’art est amputé de l’un de ses saints, il n’y a place qu’à l’émotion, pour celui qui a accompagné en musique la vie de centaines de milliers de femmes et hommes qui ont, grâce à lui, pu accéder à la jouissance absolue, à l’extase sensorielle.

Bowie préparait une sortie magistrale.

Pourtant, Bowie nous disait ce qu’on ne voulait voir… Les images de Lazarus et de Blackstar montraient une évidence qu’on ne voulait voir : Bowie préparait une sortie magistrale. L’art de quitter ce monde, la mort mise en scène. Incroyable testament phonographique fait de flashs, Blackstar, c’est l’angoisse distillée de ces moments qui reviennent : Le spectre de la trilogie Berlinoise, des bribes de sons venus de Low, Lodger, Heroes, par moments la monstruosité clownesque de Scarry Monsters.

Blackstar est aussi un flashback vers l’album Outside et l’épilepsie en musique de I’m deranged. Celui qui avait tranché au début de sa carrière, entre une carrière de musicien de jazz ou de rock fait exploser les frontières entre les genres sur son dernier disque, et son saxophone, son premier instrument, premier compagnon, envahit ses dernières errances musicales… Cette angoisse, cette hantise, s’était manifestée déjà avec The Next Day, son retour inattendu après dix ans de silence, comme un travail de mémoire… Ou une méditation de la folie ordinaire : The Stars Are Out Tonight annonçait la couleur, comme Bowie l’avait mis en scène dans le clip : Un homme rangé et sa petite vie tranquille qui voit ressurgir les fantômes de son passé, ces créatures qu’il avait lui-même crées au cours du siècle passé, venus le hanter au crépuscule de sa vie, puis, la mystique pervertie de la video de The Next Day où il tuera Dieu à sa manière, avec sa « mise en cène », avec Nietzsche derrière la caméra…

Ce soir David, on allumera une bougie, et crois nous, on va pleurer.

Il aura choisi lui-même le nom de son étoile au ciel, Blackstar, ce nom donné au 25ème volume de son œuvre. En ce jour, écouter Blackstar devient plus étrange, comme s’il avait livré le disque de l’au-delà. Sept titres, seulement sept, sur le dernier, ses dernières paroles, il les répétera sans fin : « I can’t give everything away ». Ce soir David, on allumera une bougie, et crois nous, on va pleurer. On va pleurer.