Mark Daumail : « Je repars à zéro »

Disclaimer : je connais Mark Daumail depuis quelques années et je partage souvent un verre de vin avec lui. Ca ne m’empêche pas de lui dire quand je n’aime pas ce qu’il fait. Mais j’aime énormément ce garçon. C’est dit.

Mark Daumail rédac chef des Tambours : découvrez tous ses coups de coeur

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Tu te souviens, la première fois que je t’ai vu ? Je t’ai dit que je détestais la musique de Cocoon, que je trouvais ça gentillet mais assez vite gonflant…(Mark rit) Mais que j’aimais bien l’univers qui s’en dégageait, que je trouvais ça très structuré, très fort. Les paroles incitaient pas à la joie de vivre… Mais ça a l’air d’aller mieux, dans ta tête, non ?

Mais oui, je te remercie de prendre des nouvelles, ça va super bien (il rit). Je suis très heureux.

C’est chaud de sortir un disque après un succès international, quand on revient sur son seul nom, amputé de 50% de…

(Mark me coupe) De 100%. Cocoon, au-delà du succès, c’était un son, une époque. Notre musique a été très jouée à la radio, les médias étaient à fond derrière nous : on a été le son d’un moment dans des films, des publicités. Je repars à zéro : j’ai changé de nom, j’ai changé de son, je suis même à l’opposé du spectre musical. Ça m’excite énormément et ça m’a beaucoup détendu dans les phases d’écriture.

« Un artiste qui ne se remet pas en question,
c’est un artiste qui meurt. »

Mais les fans de Cocoon sont paumés, non ? Ça a du te blesser de voir que certains ne voulaient pas te suivre dans cette voie en solo.

Blesser, non. Mais je ne le comprenais pas au début. J’ai fini par réaliser l’effort que ça demandait pour les gens de passer d’un univers à un autre, surtout quand on aime un son, un duo, une ambiance. Forcément tout le monde ne peut pas suivre ou ne veut pas suivre. Mais pour moi un artiste qui ne se remet pas en question, c’est un artiste qui meurt. Le surplace, en création, c’est pas concevable. Je respecte énormément les artistes qui balancent tout entre deux albums et vont ailleurs : la remise à zéro, c’est incontournable dans un processus créatif, pour moi.

Ok mais ça signifie pour toi que tu repars à zéro professionnellement, médiatiquement aussi…

Non. Cocoon m’a fait gagner beaucoup de temps : je redémarre mais je n’ai pas galéré pour trouver un label, un manager ou un tourneur, je les avais déjà. J’ai déjà tout mon entourage professionnel et je me sens encore plus en confiance avec eux, probablement parce que je suis seul.

Seul et presque nu face au public : tu n’as plus une guitare en main mais un clavier…Tu es debout, face aux gens.

Oui (il réfléchit). Jouer au clavier, c’est vraiment une manière de couper le cordon ombilical avec Cocoon. J’ai débranché ma prise jack et ça va plus loin que débrancher une alimentation. La guitare demeure mon instrument de prédilection, j’en fais ce que je veux, quinze ans de pratique, tu peux pas l’oublier totalement. Passer au clavier, c’est aussi remettre son titre en jeu, se mettre en danger. Quand tu composes au piano, tu prends des directions moins confortables, quand tu maîtrises moins l’instrument.

« J’aimerais bien prendre quelques cours avec une danseuse »

La posture physique a changé, aussi, sur scène…

Oui, le rapport au corps est différent. Attention, c’était mon deuxième concert, l’enjeu est pas dans les petites chorégraphies pendant les morceaux, je suis pas devenu Timberlake en une nuit mais…J’aimerais bien prendre quelques cours avec une danseuse d’ici une quinzaine de concerts. J’en ressens le besoin. C’est nouveau, ça aussi : vouloir bouger mon corps en jouant ma musique. C’est pas ma génération musicale du tout, de jouer du corps. Je repense à Nirvana, grosses guitares, le trip « nous, on est des mecs, on sent fort, on envoie du son ». Ma base. Sauf que je viens de sortir un album de danse…

Je t’ai trouvé super à l’aise, sur scène dans cette nouvelle configuration.

Ah bon ? Je me sens encore un peu gauche, ça se rode.

Heureux, en tout cas. Épanoui et super souriant. Bon, pas au point de te mettre à danser.

Pourtant on est en plein là-dedans, dans la pop, en ce moment. Tu as vu le clip de Sia, “Chandelier “? Ça revient en force, les chorégraphies, grosse cohérence entre le son et le mouvement.

Au fait, pourquoi tu chantes ton single en début de show ? C’est à la fin, qu’on fait ça…

Faut sortir un peu le soir, mon grand. Tu vas trop aux concerts de Patrick Sébastien. Jouer le single au début du concert, c’est un petit pied de nez à la maison de disque, affectueux. Oui, c’est le morceau qui va être mis en avant mais il y en a plein d’autres que j’aime tout autant sur l’album.

« A 40 ans, je deviendrai Marc.
Pour chanter en français. Enfin. »

Tu te forces pour chanter du Cocoon sur scène ? C’est un passage obligé ou un plaisir ?

Un plaisir. Je les ai quand même écrites, ces chansons. Mais je voulais les refaire à ma manière, avec la maturité, avec mon nouveau son. Limite je trouverais ça mégalo de reprendre du Cocoon, en fait. Comme si je m’auto-citais, tu vois ?

Et quand tu as repris ces titres connus, hier, comment les gens réagissaient ? Les titres de Cocoon étaient très, très retravaillés.

Le public connaissait les paroles et chantait. Ça me faisait plaisir. Je regardais les visages et il y avait pas mal de surprise sur les arrangements, sur ce que j’avais osé faire avec le matériel de base…mais ça fonctionnait. Vieux titres, nouvelles chansons, le mix passait super bien.

D’ailleurs, à propos de Cocoon, tu t’entends toujours avec Morgane ?

Bien sûr ! On est en excellent termes. On a eu elle et moi besoin de cette pause qui s’est transformée en “arrêt”. Mais je conçois ma carrière en décennies. De 20 à 30 ans, j’étais dans Cocoon, de 30 à 40 ans, je suis Mark Daumail…et à 40 ans, je deviendrai Marc. Pour chanter en français. Enfin. J’en rêve. Dans l’hexagone, tu vois que c’est poussiéreux quand tu as juste envie de passer d’un univers à un autre. Mais bon, là, je m’éclate.

T’es super bien accompagné, sur scène. Les morceaux prennent une autre dimension.

Oui. Gros casting de luxe pour trouver les bons. Ils sont excellents. Tu as vu le batteur, comment il est beau ?

Oui, je reconnais. C’est qui ?

Mathias Fisch. Aux claviers, c’est Ludovic Leleu et on a Mathieu Denis à la basse.

Sur “Storm”, tu étais seul à la guitare acoustique. Wow.

Tu l’aimes bien ?

C’est mon morceau préféré sur l’album. L’avoir collé en bonus track, c’était pas l’idée du siècle pour moi. Il sort d’où, ce titre ?

Ah… (il sourit). Super période d’écriture, en Gironde, au bord de l’eau. Après Cocoon, j’avais décidé de me mettre au vert pendant toute une année. J’étais épuisé mentalement. C’était début 2011. Le matin, j’allais me baigner. L’après-midi, je composais. “Storm” est le seul titre de l’album un peu pessimiste, ce que j’avais en tête le matin en me levant, quand revenaient les vieilles angoisses de l’arrêt de Cocoon, si j’avais pas fait une bêtise, tout ça, quand je me disais “Mais pourquoi tu m’emmerdes à écrire, glande, prends le temps de vivre”…et en moi, j’avais l’impression que quelque chose de sombre allait me tomber dessus. “I can see a storm is coming…”. J’avais besoin de protection. D’un endroit de repli. J’aurais aimé qu’elle sonne un peu comme “Tom Cruise”, mon titre préféré sur l’album.

Ah, je ne l’aime pas, celui-là. Comme quoi…

Attends. “Tom Cruise”, j’ai énormément bossé les paroles, la composition, suite d’accords, descente chromatique (il fredonne) mais j’aurais aimé aller encore plus loin dans la production, à la “Video Games” de Lana Del Rey. Instant classic. Ecoute la mieux (rires).

Dis, le concert était super court, hier soir.

C’est le format qui veut ça. J’adore les chansons qui font moins de trois minutes. On en a quand même joué une quinzaine. Et puis j’aime ça, un concert qui dure 1h05, 1h10, nouvel album, release party, on se quitte sur une frustration réciproque et ça me va super bien.

Tu as repris “Royals”, de Lorde, pourquoi ce choix ?

Ah, c’est un nouveau jeu que j’ai instauré avec mes musiciens. Tous les soirs on va faire une reprise différente d’un morceau répété le jour même. On se met en danger tous les soirs, on répète dans les loges. L’idée est d’avoir 50 reprises à la fin de la tournée qu’on mettra en ligne les unes après les autres. Quand c’est bien, c’est bien. Quand c’est moyen, c’est la vie, on fera mieux le lendemain soir. C’est le jeu.

Ok, pour conclure, on inverse les rôles. A toi de poser deux questions aux gens qui nous lisent…

T’es fou, toi. Si tu me laisses le micro, je m’arrête plus. Attends, huuum. Ok !

1) Est-ce que vous savez comment se prononce mon nom ?

2) Quel est l’endroit où vous écoutez cet album ?

Moi, je peux répondre ? Daumail ça se prononce comme dans Aïe ça fait mal. Et j’écoute ton album sur mon mac, le matin, c’est un album du matin, pour moi.

DU MATIN ? (Mark articule et hallucine). Sérieux, ça me fascine, quand on me dit où on écoute l’album, dans quelles conditions, tout ça. Racontez-moi. Et je vous embrasse. Les filles. Et les garçons. Tous.

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