Kiddy Smile en interview : « Madonna a permis de donner une dimension mondiale au voguing »

Les Tambours s’étaient réunis pour une sortie de classe à l’occasion du Villette Street Festival, où la House of Mizrahi organisait un grand ball voguing. Si vous n’avez pas vraiment compris la fin de la phrase précédente, cette interview avec Kiddy Mizrahi, plus connu sous le nom de Kiddy Smile, devrait éclairer vos lanternes.


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Xavier : Bonjour Kiddy Smile, comment définirais-tu le voguing à des non-initiés ?

Kiddy Smile : Le voguing c’est avant tout la danse de la culture ballroom, ces sanctuaires où tu peux être toi-même, où ceux qui sont rejetés peuvent trouver une place. Le ballroom vient de l’univers LGBT, mais la base vient des transsexuels : il a été créé par eux, et pour eux. Les homosexuels se sont joints au mouvement après.

Xavier : Justement, au départ dans les années 80 à New-York, les ballrooms étaient des refuges sociaux et artistiques pour les membres. Aujourd’hui, qu’est-ce qu’elles représentent ?

Kiddy Smile : Elles ont toujours le même rôle. Les gens y viennent pour s’exprimer, trouver du réconfort et être acceptés pour ce qu’ils sont. Certes, l’homosexualité est plus acceptée qu’auparavant, mais il y a toujours ce besoin pour certains de s’échapper de leur entourage qui les renie. Maintenant, les ballrooms s’ouvrent plus, on y voit des femmes, des hétéros…

Xavier : Le voguing fonctionne par house (house of Mizrahi, house of Ladurée, etc.). Comment choisit-on sa house ?

Kiddy Smile : Tu ne choisis pas, on te propose. Certaines houses reposent sur différentes valeurs : exceller dans sa catégorie, former des plus jeunes, etc. Les mothers sont là pour accompagner, conseiller, organiser les entrainements, régler les problèmes… De vraies mères, même au-delà de la scène !

Xavier : Les icônes 80’s du voguing s’appellent Pepper Labeija, Kevin Aviance, etc. Qui sont celles des 00’s ?

Kiddy Smile : Sans trop d’hésitation : Lasseindra Ninja et Leyomi.

Xavier : Et au niveau musical ? Ils écoutaient Masters At Work, Malcom McLaren et Frankie Knucles avant…

Kiddy Smile : Aujourd’hui on écoute MikeQ, Vjuan Allure, Byrell the Great, Divoli Svere… Il y en a beaucoup qui font de la musique uniquement ballroom !

« Si le voguing émerge en France et en Europe 25 ans après les USA,
c’est essentiellement lié à l’histoire de l’immigration. »

Xavier : Y a-t-il une différence entre la scène US et la scène européenne ?

Kiddy Smile : En Europe la scène est trop récente pour vraiment l’appeler ballroom. Des jeunes pratiquent le voguing, mais il manque l’aspect politique. La catégorie « Realness » dans les balls est justement intéressante à ce niveau là : pour être le meilleur, il ne faut pas que le public voit que tu es homosexuel. Elle se décline en Executive Realness, Thug Realness, School Boy Realness… En Russie par exemple, ils ne peuvent pas ouvrir ce genre de catégorie, car ils ne l’acceptent pas eux-mêmes. Je connais plusieurs vogueurs là-bas qui ne diront jamais, même à moi, qu’ils sont homosexuels. Mais du coup ils perdent la base de cette culture qui est, avant tout, la sexualité.

Le voguing vient de la culture noire et latino. Mais ce n’est pas nouveau, la danse, les gestes, tout est dans la mémoire des cellules. Il y a presque un aspect mystique. Si le voguing émerge en France et en Europe seulement 25 ans après les US, c’est essentiellement lié à l’histoire de l’immigration. Les noirs immigrés dans les 70/80 étaient venus pour travailler. Leurs enfants, dans les années 90 en France, n’étaient pas acceptés en club où l’on jouait de la house music, et c’est une culture qui a besoin du club pour évoluer. Là où les Etats-Unis ont mis quatre siècles pour se libérer de leurs racines africaines et assumer leur différence, en France nous avons eu à peine cinquante ans…

« Ça n’a aucun sens de danser le voguing sur du FKA Twigs »

Xavier : Tu es arrivé comment dans le voguing ?

Kiddy Smile : Au début ça ne m’intéressait pas, ça ne résonnait pas assez dans ma vie. On m’a rapidement mis une étiquette voguing car les amis que je faisais venir dans mes clips voguaient. J’ai beaucoup lutté contre ça, car je ne voulais pas paraitre comme quelqu’un qui se sert d’une culture pour se mettre avant. Depuis j’y ai trouvé un vrai écho, et je donne beaucoup en retour. Je n’ai pas forcément à le faire, car je suis noir et homosexuel, donc le voguing est ma culture, que je l’aime ou que je ne l’aime pas. C’est mon héritage.

Par exemple, je trouve la démarche de FKA Twigs complètement néfaste. Elle n’est nullement engagée dans la cause et utilise le voguing à des fins purement personnelles. Elle se sert sans redonner. Mais je ne peux pas en vouloir à ses danseurs de travailler avec elle, ils ont besoin de manger. D’ailleurs la plupart n’aiment pas sa musique… Ça n’a aucun sens de danser le voguing sur du FKA Twigs !

Xavier : Et Madonna avec Vogue du coup ? Tu lui en veux aussi ?

Kiddy Smile : Non, parce que Madonna a permis de donner une dimension mondiale au voguing, en comprenant vraiment cette culture et en vivant son message sincèrement. Elle a beaucoup apporté, en en parlant dans les médias notamment.

« J’aime beaucoup la démarche du festival Loud & Proud »

loudandproudXavier : Tu es programmé au Loud & Proud Festival à la Gaité Lyrique début juillet. Ca représente quoi pour toi ?

Kiddy Smile : J’aime beaucoup la démarche du Loud & Proud, surtout le fait que ce soit organisé par des gens queer, pas comme tous ceux qui organisent des soirées à Paris en prenant l’argent des homosexuels, qui s’achètent une crédibilité en s’entourant de jeunes gays… J’espère qu’il y aura d’autres festivals dans cette même optique en France, et revenir l’année prochaine en live, présenter mes prochains morceaux…

Xavier : Justement ! Tu peux nous en dire plus ?

Kiddy Smile : Patience … 🙂

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