Paradis en interview : « On n’est pas des scientifiques, on est plutôt des sortes d’ados désespérés. »

“Rendez-vous au Paradis, si l’idée a son charme” C’était une évidence: ma rencontre avec le duo de pop française la plus élégante de ces trois dernières années devait avoir lieu rue de Paradis dans le 10ème arrondissement. Là où tout le monde est beau, où tout le monde aime les belles choses. Pour mettre à l’aise Pierre et Simon, je ramène ma boule disco dans les bras. Ils sourient en voyant ce copain à facettes. On s’installe chez Nanashi et on discute de choses importantes et de choses légères: le Temps, Londres, la disco, le perfectionnisme, Mylène Farmer, etc.

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Pierre m’a d’abord raconté l’histoire de Paradis : “notre premier titre est sorti sur Beats in Space [NDLR le label de Tim Sweeney] il y a 5 ans. Ensuite, j’ai dû finir mes études à Londres, mais on continuait à échanger des compos. À un moment, on a pensé à s’installer dans la capitale anglaise pour y faire de la musique mais la vie y est devenue agressive et très chère. J’ai grandi là bas et j’ai vraiment vu la ville changer et devenir invivable pour les jeunes gens. Londres passe par une période compliquée.” Ils se retrouvent pendant l’été 2012 pour recommencer à écrire ensemble et, en mars 2013, ils sont partis à la campagne pour fabriquer leur album. Depuis, les titres composés ont bien évolué.

Car, entre temps, ils ont signé chez Barclay, ils ont commencé à imaginer leur live et ils ont sorti l’EP Couleurs Primaires pour nous faire patienter. Et c’est là où ils se sont confrontés à la réalité de la scène musicale. “C’est important pour nous de laisser le temps aux morceaux de vivre avec eux. C’est aussi notre premier disque, on avait plein d’envies. C’est pour ça que la sortie de l’album a mis du temps pour sortir. A chaque nouveau morceau écrit, c’était notre nouveau titre préféré et on bidouillait des choses dans un autre. Ce qui a aussi pris du temps c’était de trouver tous les deux un équilibre et une cohérence dans l’ensemble.

“C’était important pour nous que l’album soit reçu avec la même simplicité qu’un seul titre.” Pour eux, Recto Verso est l’album qu’ils auraient aimé écouter et qui n’existe pas. Pendant l’interview, nous jouions tous les trois avec la boule à facette… “On cherchait une image pour illustrer Toi Et Moi, le premier titre de l’album, qu’on trouvait hyper disco. On a trouvé la photo de ces deux boules disco et, au fur et à mesure, on a joué avec cette image, de fête et de dualité. » L’album repose d’ailleurs sur cette notion du deux. Recto/Verso, Toi/Moi, deux versions du titre Miroir… Recto Verso est un opus homogène doux et mélancolique, tendre et élégant. Une sorte de cerveau disco à deux hémisphères.

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Mieux Que Tout, un des titres les plus dansants de l’album, évoque un doux sentiment d’empowermentParadis t’incite à “faire ton best of du mieux, du mieux que tout. Garder le mieux, le mieux du mieux que tout, pour espérer trouver le mieux que tout.” Pierre et Simon sont perfectionnistes, ils ont le sens du détail. Mais ils peuvent aussi se laisser aller. “Ce qui peut paraître abstrait c’est que notre laisser-aller se situe dans cette recherche du détail. Notre processus n’est pas clinique. Tout ça se fait au milieu d’un chaos. On n’est pas des scientifiques, on est plutôt des sortes d’ados désespérés.

L’album évoque aussi souvent la notion du temps : “le temps aujourd’hui est un luxe. En même temps, c’est quelque chose qui permet de voir clair. Cette thématique du temps est venue infuser notre album, aussi bien le temps qu’on met à écrire nos titres que le temps qu’on prend à l’intérieur d’un seul morceau. Il y a aussi la mélancolie qu’on retrouve dans le disque et qui s’apparente aussi au temps, qui appelle au souvenir, au passé… »

Les remixes alimentent aussi la discographie de Paradis. Le producteur I:Cube a retravaillé Toi Et Moi pour lui donner encore plus de relief disco, avec des vibes du groupe Metro Area. Le résultat est splendide. « Le remix s’inspire de la house de Chicago qu’on adore. D’ailleurs, un des premiers titres qui nous a réunit tous les deux, c’était Can You Feel It de Mr. Fingers. Il est fou. Il est fondateur du son qu’on a cherché à faire au début . Donc on était hyper touchés quand on a reçu le remix. I:Cube a réussi à percevoir quelque chose d’important pour nous. La boucle est bouclée. »

Nous avons aussi évoqué Junior Boys, un de nos groupes préférés à nous trois. « C’est un groupe qu’on écoute souvent tous les deux. On a en commun avec eux ce mariage de musique électronique et de chanson. Parallel Lines est notre titre préféré. » Le duo aime aussi les “sweet songs”, un mood qui correspond au style Paradis. En ce moment, la chanson sweet de Simon est Première Rencontre de Françoise Hardy. En discutant de guilty pleasures, Paradis a évoqué Mylène Farmer : “C’est une artiste fondamentale. Aussi importante que Daho ou Chamfort. On adore sa chanson Pourvu Qu’Elles Soient Douces”. Il faut absolument que vous fassiez une reprise d’Ainsi Soit-Je les gars !

Et la suite? « Pour ce premier album, on se découvrait. Et on veut garder cette confrontation de jardins secrets. On veut aussi vivre des nouvelles émotions avec le live, que ça déclenche de nouvelles envies.” Pour l’instant, l’envie pressante du présent est d’écouter Recto Verso en boucle.

Paradis, « Recto Verso » (Barclay)
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Crédit Photos : Andrea Montano