Perez : le « Prince Noir » de la pop française en interview

Révélé avec le groupe électro-rock Adam Kesher, Julien Perez a surpris son monde un beau jour de 2012 en se lançant dans un projet solo, chanté en Français. Le Bordelais à la tête aussi bien faite que bien pleine était de passage au Centre FGO Barbara à l’occasion du MaMA Festival. L’occasion d’en savoir plus sur sa nouvelle vie, entre musique et Art contemporain.
En bonus : la playlist de Perez en exclu pour les Tambours !

Perez en interview

« Avec l’Anglais, j’avais toujours l’impression d’une petite imposture »

Tu as un parcours riche et surprenant. Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer en solo, et en français ?

Il y a 4 ans, le groupe dans lequel j’étais, qui s’appelait Adam Kesher, s’est arrêté. C’est pas moi qui ai quitté le groupe, c’était une décision collégiale. Ca faisait un moment qu’on sortait des disques, qu’on tournait, et il y a une forme de lassitude qui s’est installée. J’ai eu envie d’embrayer assez rapidement sur un nouveau projet… Le fait d’être seul, c’était surtout lié à des raisons pragmatiques. Pour aller vite, sortir de cette logistique un peu lourde de groupe de 5 personnes… Il faut que tout le monde soit dispo pour répéter, louer un studio de répét, bref. Là je pouvais tout faire dans ma chambre avec des synthés et des boites à rythmes et chanter dessus. Donc c’était surtout une volonté d’aller vite.

En ce qui concerne le choix du français, une des raisons qui m’a rendu las du groupe précédent c’est qu’on faisait du rock indé, en anglais, on essayait de faire du mieux qu’on pouvait mais à la fin j’avais l’impression d’être limité en terme de style et de texte… J’avais l’impression d’appartenir à une sorte de masse de groupes internationaux qui font tous un peu la même chose, avec une maitrise plus ou moins bonne de l’anglais. Y avait vraiment un truc au niveau de la langue qui me posait problème.

Même en ayant les textes les mieux écrits, même en ayant travaillé avec des anglo-saxons, y avait toujours des questions, par exemple utiliser un argot qui n’est pas le nôtre, ou alors choisir un accent : est-ce que je prends un accent anglais ou un accent américain… Toutes ces questions que ne se posent pas les musiciens anglo-saxons et créent une forme de hiatus quand on est français. J’avais toujours l’impression d’une petite imposture, une difficulté à trouver une adéquation entre ce que je chantais, ce que j’interprétais et ce qui était écrit. Donc j’ai fait le choix de chanter en français.

Y avait aussi un début de désinhibition par rapport au chant en français, avec des trucs comme LescopLescop c’est sorti au moment où j’étais en train de faire mes premiers morceaux, et je me suis dit : « autant y aller ». Ce qu’il y a de bien dans ce mouvement, c’est que ça désinhibe les artistes pour assumer la langue française.

Quand tu as démarré ce nouveau projet, pensais-tu à la réaction du public qui te suivait avant ?

Pas vraiment, c’est pas non plus comme si on avait des millions de fans avec Adam Kesher (rires). Je sais qu’il y a des gens qui aimaient ce que je faisais avec Adam Kesher et qui aiment toujours ce que je fais, d’autres qui n’aiment pas du tout. En même temps ça me permet de toucher des gens que je n’aurais pas pu toucher avec Adam Kesher… Donc je ne me pose pas vraiment cette question.

« J’ai choisi Barclay parce que c’est une major qui garde un côté humain »

Tu viens de rejoindre le label Barclay (Universal), qu’est-ce que ça change pour toi ?

Le premier maxi avec ce projet je l’avais sorti sur D.I.R.T.Y. qui est un label indé, avec Adam Kesher on était aussi sur des labels indés, donc souvent avec 2 ou 3 personnes. J’aime beaucoup ce type de relation où il y avait vraiment un truc intime, un truc de passion… Passer chez Barclay c’est tout de suite une autre échelle, avec beaucoup plus d’interlocuteurs… Mais j’ai fait ce choix parce que c’est une major qui garde un côté humain, qui respecte l’intégrité artistique des musiciens qui sont signés. Y a une professionnalisation, t’as un(e) attaché(e) de presse radio, un(e) attaché(e) de presse TV… Mais le fond reste le même. Bien sûr, on touche un plus grand nombre de médias dans une major, les gens ont peut-être un plus grand carnet d’adresses qu’un label indé, mais c’est pas non plus un gage de réussite, y a beaucoup d’artistes qui explosent sur des labels indés et des projets qui se plantent sur des majors… Mais en tout cas je suis content de ma relation avec eux jusqu’à présent.

Qu’attends-tu de ton passage au MaMA festival ?

Le projet dans l’état actuel reste assez méconnu, donc toutes les occasions sont bonnes pour prouver ce qu’on vaut sur scène… Après je sais que le MaMA, c’est un peu une sorte de South by Southwest français qui mélange pro et public, je trouve l’initiative cool mais je ne sais pas concrètement sur quoi ça peut déboucher… Peut-être des programmateurs de festivals, ce serait bien. Sinon, je trouve que le plateau est très bien, Flavien Berger et C.A.R collent bien avec ce que je fais, je suis enthousiaste.

Après Cramer, Le Prince Noir et Une autre fois, tu viens de sortir le single Gamine, qui montre encore une nouvelle facette de ton travail. Peux-tu nous expliquer l’histoire de ce titre ?

Gamine au départ c’était un truc sur les mots, je pensais à ce groupe de punk de Bordeaux qui s’appelait Gamine, une sorte de clin d’œil vu que je suis aussi originaire de Bordeaux… Ensuite, c’était un jeu sur les mots « gamine » et « j’imagine », qui sont quasiment des anagrammes… Puis c’est devenu quelque chose sur l’objet de désir, le fantasme… Pour la musique, j’avais en tête quelque chose d’un peu club des années 2000. J’avais aussi la volonté de faire un truc un peu plus pop que ce que j’avais sorti auparavant comme le Prince Noir ou Une autre fois, qui montrent une facette plus narrative, cinématographique… Là je voulais plus aller dans un format pop assumé, avec couplet / refrain.

« C’est intéressant de voir ce qui se passe lorsqu’on sort des formats de
l’industrie musicale. C’est ce que permet l’Art contemporain. »

Tu es également proche du milieu de l’art. Tu as créé une installation au festival de Hyères il y a quelques mois, ça consistait en quoi ?

Pour le festival de Hyères, j’y avais joué l’année précédente en format « pop », et le directeur de la Villa (Noailles) Jean-Pierre Blanc m’avait invité à revenir. Alors je lui ai proposé un long morceau qui est une sorte de récit fantasmé de l’histoire de la Villa. Je trouvais intéressante l’histoire de ce lieu qui au départ a été construit comme une sorte d’utopie moderniste, qui a sombré dans le délabrement, puis qui a été sauvé au dernier moment par la ville de Hyères alors que ça devait être détruit pour un projet immobilier, et qui s’est transformé en centre d’Art. J’ai trouvé qu’il y avait une forme d’analogie avec l’Histoire de l’Art, avec le passage des Modernes au Modernisme, puis à la démocratisation de l’Art qu’on a connue depuis 20 ans.

Pour revenir au morceau, le texte ne parle pas de manière aussi littérale de ça, mais c’est une sorte de récit comme on peut trouver sur d’autres morceaux que j’ai fait, mais cette fois étiré sur 30 minutes, et qu’on pouvait écouter à des bornes en différents points de la Villa. J’ai repris une partie de ce projet au Palais de Tokyo, pour le présenter en live.

Ces deux projets, j’ai voulu les signer sous le nom de Perez parce que je pense qu’il y a des liens avec mon projet pop, et que c’est intéressant de voir ce qui se passe lorsqu’on sort des formats de l’industrie musicale. C’est ce que permet l’Art contemporain : on peut faire des trucs de 3 secondes ou 3 heures si on veut. Je trouve ça bien.

C’est quelque chose que tu aimerais réitérer ?

Oui complètement. Il m’arrive aussi de collaborer avec des artistes contemporains, de faire des bandes son, auquel cas je suis plus au service de leur travail à eux. Ou encore de l’habillage sonore pour des musées… J’aime garder cette forme d’hétérogénéité dans mon rapport à la musique, ça se nourrit vraiment et ça permet de garder une certaine distance par rapport à ce qu’on fait.

perez-concert-paris

Les prochaines étapes pour toi, c’est quoi ?

Plusieurs choses : là je fais des concerts, des premières parties d’Etienne Daho et d’autres en mon nom, une Gaité Lyrique avec Le Prince Miiaou en janvier. Je fais aussi une collaboration avec les élèves de Duperré, l’école d’Arts Appliqués, qui vont faire des vidéos sur deux reprises que j’ai faites, l’une de Niagara et l’autre de Dashiell Hedayat ; je vais aussi tourner un clip pour Le Rôdeur… Et puis je pense qu’on sortira probablement d’autres morceaux avant de sortir l’album. L’idée, c’est dans un premier temps d’essayer de me faire connaitre en faisant plusieurs propositions, qu’elles soient visuelles ou musicales, dans un format un peu moins rigide que l’album où tout de suite c’est chroniques, tournée, et on passe au suivant. Là on est plus dans une phase de développement, comme on dit dans le milieu professionnel (rires).

J’ai entendu parler de ta reprise de Niagara (Quand la ville dort). C’est ma chanson française préférée de tous les temps ! Tu comptes la sortir ?

Ces reprises, c’est un peu une manière de pouvoir montrer mes influences, et aussi ce que je vais chercher dans une certaine histoire de la chanson française… donc oui, j’aimerais bien les distribuer gratuitement par exemple. J’aime bien l’exercice de la reprise… je vais essayer de ne pas te décevoir (rires) !

Tes derniers coups de cœur ?

J’aime beaucoup le dernier single d’Ariel Pink, en musique électronique, j’avais beaucoup aimé le dernier James Holden l’année dernière, le dernier Daniel Avery… En français, je trouve très cool l’album de Julien Gasc qui est sorti chez Born Bad.

Des guilty pleasures ?

Hum… Je me sens tout le temps sale quand je vais voir des blockbusters américains au ciné, je me fais avoir à chaque fois. Enfin, il y a des bons blockbusters mais dans les dernières années c’est très dur de trouver un truc potable. Malgré tout à chaque fois j’essaye, et à chaque je regrette… Le pire c’est que tu files 15 € aux studios et après tu télécharges les films de Cassavetes


LA PLAYLIST DE PEREZ



perezEP Perez disponible (Maison Barclay)
Deezer • iTunesFacebook • Soundcloud

Retour au dossier MaMA Festival 2014